La Gomera a environ douze millions d'années — c'est la plus ancienne des îles Canaries occidentales, et la seule dont le volcan est resté silencieux tout au long de l'histoire humaine enregistrée. Ce silence a façonné l'île. L'érosion, et non l'éruption, a sculpté l'île en une roue de profonds ravins rayonnant depuis un plateau central, lui donnant le profil d'un fruit coupé vu de la mer.
Ce plateau abrite le parc national de Garajonay, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1986. Sa forêt de laurisylve est une relique de la forêt subtropicale qui couvrait le bassin méditerranéen avant les âges glaciaires. Les nuages poussés par les alizés s'accrochent à la crête et se condensent sur les feuilles, arrosant le sol depuis le haut. Quelque 4 000 hectares y subsistent, constituant le plus grand peuplement continu de forêt de lauriers sur Terre. Sous la canopée, la mousse s'épaissit sur la roche volcanique et la lumière arrive filtrée et teintée de vert.
Le passé humain de l'île est tout aussi unique. Avant la conquête castillane au XVe siècle, les Gomeros ont développé le Silbo Gomero, un langage sifflé espagnol audible à travers des ravins atteignant jusqu'à trois kilomètres de large. L'UNESCO l'a inscrit au patrimoine culturel immatériel en 2009, et il est enseigné dans les écoles de l'île aujourd'hui. Christophe Colomb a fait le plein de provisions à San Sebastián de La Gomera en 1492, puisant de l'eau au puits qui se trouve toujours à côté de la Casa de la Aduana. La Torre del Conde de la ville, construite vers 1450, reste la plus ancienne structure militaire de l'archipel.
Ce qui attire les visiteurs aujourd'hui, c'est le contraste avec Tenerife, située à une trentaine de kilomètres à l'est de l'autre côté du détroit. La plupart des excursions de Tenerife à La Gomera commencent par cette traversée, et le changement est immédiat : pas de stations balnéaires avec gratte-ciel, environ 21 000 résidents, un réseau routier composé de lacets serrés qui transforme quinze kilomètres linéaires en une heure de conduite. Les collines en terrasses au-dessus de Valle Gran Rey portent encore des palmeraies exploitées pour le guarapo, la sève réduite en miel de palma. Le Roque de Agando, un piton volcanique de 180 mètres sur la route des crêtes, marque le profil le plus photographié de l'île.
Une excursion guidée d'une journée à La Gomera condense cette géographie en un seul arc — côte, forêt de nuages, point de vue au sommet, puis retour à la côte. L'entrée sur l'île elle-même est gratuite ; les opérateurs facturent séparément le transport et le guidage. Pour cette raison, la plupart des billets pour les excursions de Tenerife à La Gomera regroupent le ferry, le transfert routier et souvent le déjeuner en un seul achat. L'île récompense le visiteur qui lève les yeux vers la crête où les nuages se posent quotidiennement, et les baisse vers les vallées terrassées à la main au fil de quatre siècles.